France : Discours de Macron à Ouagadougou : Deux ONG déplorent l’absence d’annonces concrètes

Paris, France (PANA) – L’ONG Oxfam France et l’Association Survie ont déploré que le discours prononcé mardi par le président français, Emmanuel Macron, à Ouagadougou, première étape de sa tournée africaine, ne soit qu’une litanie de mots et de promesses sans annonces concrètes.

«Ce discours tant attendu devait être l'occasion pour le président de la République de présenter une trajectoire budgétaire crédible pour concrétiser son engagement d'allouer 0,55% de la richesse nationale à l'aide publique au développement d'ici 2022. Malgré les attentes de la société civile, l'absence d'annonces concrètes en ce sens marque un rendez-vous manqué pour l'aide au développement», a regretté Oxfam France, dans un communiqué dont copie a été transmise, mercredi, à la PANA à Paris.

Selon l’organisation, Emmanuel Macron s'est engagé à augmenter l'aide de 6 milliards d'euros d'ici 2022, or pour l'instant, le budget 2018 prévoit une hausse minime de seulement 100 millions d'euros.

«Nous demandons au président de ne pas attendre pour concrétiser ses promesses sur l'aide au développement. Il est encore possible de rectifier le tir en allouant 100% de la taxe sur les transactions financières à la lutte contre l'extrême pauvreté et le changement climatique. Cela dégagerait 700 millions d'euros supplémentaires dès l'année prochaine et permettrait, par exemple, à plus d'un million d'enfants d'accéder à l'éducation primaire», a estimé Oxfam France.

L’Association Survie, pour sa part, a indiqué, dans un communiqué, que le discours de Macron est un «renouveau de leçons, mais pas de la politique», car lors de son "grand oral" à l'université de Ouagadougou, où il a innové en se confrontant aux questions des étudiants, Macron a habilement prétendu qu'"il n'y a plus de politique africaine de la France", tout en défendant "un lien indéfectible" entre la France et l'Afrique.

Pour Survie, en éludant volontairement certains aspects essentiels de la politique franco-africaine comme le franc CFA ou la coopération militaire en promouvant le rôle du secteur privé français et "en défendant une politique de prétendue neutralité vis-à-vis des dirigeants illégitimes qui s'accrochent au pouvoir", le discours de Macron «s'apparente à un énième discours de "nouvelle" relation franco-africaine, comme si des formules incantatoires pouvaient gommer la part de responsabilité française dans tout ce que combat justement cette jeunesse africaine qu'il est venu célébrer ».

Tout en reconnaissant que le président français tente d'incarner le renouvellement et le changement politique, Survie a affirmé qu'Emmanuel Macron ne peut pas venir défendre ouvertement ou implicitement des pans entiers de la politique africaine de la France, faire quelques promesses de visas à des étudiants et instrumentaliser l'insurrection burkinabè de 2014 sans craindre que son exercice arrogant de communication ne se retourne contre lui.

« Il avait l'opportunité de poser des actes concrets, il n'a posé que des mots, qui ne soigneront pas les maux de la Françafrique. Lui qui a pris un ton professoral pour expliquer qu'il n'était pas là pour donner des leçons, tout en passant son temps à en donner, il devrait pouvoir comprendre cela », a conclu l’Association Survie.
-0- PANA BM/IS/SOC 29nov2017

29 novembre 2017 13:46:22


xhtml CSS