Brazzaville- Congo (PANA) -- Les femmes congolaises sont peu présentes dans les partis politiques même si, dans une large mesure, elles s'intéressent à la vie politique, rapporte mardi une source proche du ministère congolais de la Promotion de la femme, citant une enquête menée en février et avril sur le sujet.
Selon la même source, l'enquête, qui a été conduite à Brazzaville et Pointe-Noire, révèle que 15 pour cent seulement des femmes sont engagées et inscrites comme membres dans les partis politiques, alors que 97 pour cent s'intéressent à la vie politique.
Les résultats de l'enquête ont été rendus publics lors d'une récente conférence-débat initiée par Emilienne Raoul, membre du Conseil national de transition (CNT), organe législatif provisoire du Congo.
Une centaine de femmes de diverses obédiences politiques ont participé à cette conférence destinée à promouvoir les droits politiques des femmes et leur insertion dans la dynamique du développement.
Le faible pourcentage des femmes dans la vie politique est dû aux pesanteurs socio-culturelles, au manque d'éducation et de formation politique, indique-t-on.
Mme Raoul a indiqué que la tradition et la religion ne favorisaient pas l'ouverture de la femme à la vie publique parce qu'elles lui imposent soumission aux maris, la condamnant de fait aux travaux ménagers.
D'après la même enquête dont l'échantillon n'a pas été précisé, 52 pour cent de femmes interrogées affirment que les hommes ne sont pas favorables à leur engagement politique.
A l'ouverture de la conférence, Jacques Balandier, représentant le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a souligné que la bonne gouvernance nécessitait la participation équitable de tous les sexes aux postes de prise de décisions.
"En démocratie, toutes les sortes de discrimination sont à bannir", a-t-il encore dit.
Pour sa part, la ministre congolaise de la Culture, Mme Mambou Aimé Gnali, a fait remarquer que les partis politiques "n'instruisaient pas et sont analogues à l'auberge espagnole d'où l'on sortait comme l'on était entré, sans gain".
Elle a affirmé avoir décidé de ne plus adhérer à une formation politique à cause de cet état de fait, invitant cependant les femmes à militer sans cesse pour faire valoir leurs droits au lieu de compter sur les partis politiques "tournés vers la politique politicienne".
Mme Mambou a aussi déploré l'absence d'une société civile dynamique, ajoutant qu'au Congo, elle "a peur de prendre des positions sur les questions vitales de la société".
"A trop promouvoir le féminisme, on risque d'entraver la démocratie", a lancé le coordonnateur général du Club K'Munga, Charles Zacharie Bowao, pour qui la promotion des droits politiques de la femme doit se faire en tenant compte du juste milieu entre la privation et l'excès.
Il a ajouté que malgré leur militantisme et leur popularité, les femmes surtout en Afrique, se désintéressaient des hautes fonctions de la nation, notamment la présidence de la République au profit des hommes.
Analysant l'histoire des partis politiques au Congo, le secrétaire général du Rassemblement pour la démocratie et le progrès social (RDPS), Jean Félix Demba-Ntelo, a souligné que de 1963 à 1990, les femmes étaient inexistantes sur la scène politique au Congo.
Il a ajouté que lorsqu'elles étaient nommées à des postes ministériels, les femmes étaient des "girouettes à la solde de celui qui les avait placées".
Cette approche a provoqué une vive réaction des femmes, pour la plupart formées politiquement à l'Union révolutionnaire des femmes du Congo (URFC), une des organisations de masse du Parti congolais du travail (PCT, ancien parti unique).
Certaines ont demandé à M.
Demba-Ntelo de nuancer ses propos, tandis que d'autres, plus sévères, l'ont prié d'indiquer le nombre de femmes membres du RDPS et le nombre de celles ayant fait partie de son cabinet quand il était ministre pendant la transition (1991-1992).