Ethiopie : Les solutions d’un chef traditionnel camerounais pour une Afrique sans conflit foncier

Addis-Abeba, Ethiopie (PANA) - Sa majesté Mvondo Bruno, une autorité traditionnelle camerounaise, a plaidé pour une Afrique sans conflit foncier, lors de son intervention dans le cadre de la deuxième conférence sur le foncier en Afrique, démarrée mardi à Addis-Abeba.

Intervenant dans le cadre de cette conférence dont le thème porte sur «L’Afrique que nous voulons : Réaliser la transformation socio-économique à travers un accès inclusif et équitable de la jeunesse à la terre», M. Mvondo  a énoncé sept solutions pour venir à bout des conflits fonciers qui retardent l’Afrique.

Pour ce leader traditionnel, il est très important de distinguer très bien les terres urbaines des terres rurales, car on sait que les terres rurales appartiennent au village et dans ces villages se trouvent les autorités traditionnelles. Ainsi, le village doit être reconnu comme le premier échelon de notre administration et avoir une carte pour chaque village.

Il est indispensable de reconnaître au village le droit de la propriété sur son territoire traditionnel et institutionnaliser ainsi la cartographie.

«Les autorités doivent reconnaître la validité du droit coutumier pour la gestion de la terre qui est dans les villages, car c’est à travers le poids coutumier que le chef se base pour gérer les terres du village. Ce n’est pas le droit moderne et ça prête souvent à confusion. On prend le droit moderne pour qualifier l’action du chef traditionnel, or le chef traditionnel agit par l’entremise du droit coutumier qui lui recommande de préserver la terre pour les générations futures et non l’aliéner. Si nos ancêtres l’avaient fait, nous n’aurions pu trouver les terres que nous avons dans nos villages», a-t-il souligné.

Le chef traditionnel recommande d’éviter de lier le droit de propriété à l’évidence de la mise en valeur, car le droit moderne dit que pour être propriétaire d’une terre, il faut la mettre en valeur.

«Pour les Africains que nous sommes, la mise en valeur ne veut pas dire travailler sur la terre et la transformer. Il y a des forêts sacrées, et là, on ne touche ni à l’arbre, ni à l’eau, ni à tout ce qui existe. C’est une manière de la mettre en valeur. Là où nous faisons nos rituels ou la chasse, on n’a pas besoin de transformation. Donc la mise en valeur peut être dans un domaine où vous ne voyez rien de défriché, rien d’abattu, rien de construit. Il y a des manières de mettre en valeur qui débouchent aujourd’hui sur des grands problèmes de l’heure tels que les changements climatiques», soutient-il.

La cinquième proposition du chef coutumier est relative à la définition de la place et du rôle de l’autorité coutumière dans la gestion de l’administration des terres et des ressources. «C’est cela qui prête à confusion. A la limite nous permettre de codifier et de documenter nos avoirs traditionnels et même nos coutumes. Cela permettra de savoir que c’est à partir de ces éléments que le chef doit agir. Et qu’il ne le fait pas par rapport à ses humeurs, mais à un certain nombre de dispositions qui nous ont été transmises de génération en génération et dont nous avons prêté serment».

Le leader coutumier invite à reconnaître le droit foncier des femmes, des jeunes et des minorités autochtones qui ont des droits parfois différents de ceux des autres.

M. Mvendo recommande aux dirigeants africains d’encourager de grands investissements. «Personne ne refuse l’investissement, mais pour qu’il ne soit pas un problème pour la communauté, les droits qu’on prélève pour les investissements doivent être des actions dans cet investissement, qu’ils soient partie intégrante au développement, qu’ils soient sécurisés, pour permettre la paix au village, et surtout permettre la paix au plan national».

Revenant sur la conception traditionnel de la terre, M. Mvendo a déclaré : «La terre, pour nous autres autorités traditionnelles, appartient à ceux qui sont morts, à ceux qui vivent, et à ceux qui viendront. C’est un emprunt que nous avons reçu et que nous allons léguer à nos enfants, de génération en génération».

«La terre est un bien collectif, inaliénable, incessible, au égard des responsabilités de la coutume et ceci d’une génération à une autre et c’est ça le rôle des autorités traditionnelles que nous sommes, transmettre la terre à ceux qui viendront après nous, car on dit dans notre langue que l’éléphant avance et laisse des traces et nos traces, c’est effectivement nos enfants et céder aux autres ce qui nous a été légué par ceux qui nous ont précédés», a-t-il conclu.

Selon une étude récente, la majorité des conflits qui ont entravé le développement de l’Afrique trouvaient leurs racines dans les questions de gouvernance foncière, exacerbées par la politisation de l’ethnicité.

Les terres étant au cœur des moyens de subsistance en Afrique, l’accès, le contrôle et la compétition pour les ressources foncières sont souvent utilisés pour propager les inégalités socio-économiques.

Démarrée mardi soir, la conférence qui prend fin vendredi, est organisée par la Commission de l’Union africaine (CUA), la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et la Banque africaine de développement (BAD).
-0- PANA IT/IS/SOC 16nov2017


16 novembre 2017 15:05:40




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