Durban n'est pas la fin des actions, selon la FIDH

Thiès- Dakar (PANA) -- Le Sommet mondial contre le racisme d'août et septembre 2001 à Durban (Afrique du Sud) n'est pas la fin des actions contre ce fléau, a déclaré ce week-end à Thiès (70 km de Dakar) le président de la Fédération internationale des ligues de droits de l'Homme (FIDH), Me Sidiki Kaba.
"Il faut continuer la lutte parce que le racisme, la xénophobie et l'intolérance se développent de plus en plus dans les pays du Sud comme c'est souvent le cas en période de crise", a estimé l'avocat sénégalais dans un entretien avec la PANA.
Selon Me Kaba, le sommet mondial de Durban a donné au monde l'occasion de voir l'égoïsme des puissances alors qu'il aurait dû être une bonne opportunité pour ces pays, "qui fondent leur politique et leur coopération internationale sur le respect des droits de l'Homme et de la démocratie, de reconnaître qu'à un moment de leur histoire, ils ont attenté à la dignité des peuples noirs".
"Ces pays auraient dû reconnaître que l'esclavage et la traite des Nègres sont des dénis de justice et des atteintes graves à l'humanité", a-t-il dit en précisant que "c'était une occasion de présenter des excuses et de se mettre dans la perspective de réparation après qu'il y a eu la reconnaissance par la France que l'esclavage est un crime contre l'humanité".
Illustrant la recrudescence de l'intolérance en Afrique, Me Kaba a fait état des affrontements interethniques et religieux au Nigeria, la chasse aux étrangers et à une catégorie de la population nationale en Côte d'Ivoire, la mort de centaines de ressortissants d'Afrique subsaharienne dans une Libye, qui se veut "le chantre de l'Union africaine".
"Avec le délit de faciès en France ou plus généralement en Europe et aux Etats-Unis, on constate que ce même processus porte sur les minorités arabes, mais aussi noires.
On s'en prend à eux, ils sont victimes de harcèlement policier", a affirmé le président de la FIDH.
Pour lui, il faut remettre le débat sur le tapis parce que Durban a été malheureusement un moment dans des questions "qui sont réelles et quotidiennes pour les immigrés en France, en Allemagne, en Belgique, en Italie où ils sont victimes de toutes les formes de discrimination, notamment à l'emploi, au logement et dans les lieux de loisirs".
"Maintenant que la France a pris la décision de reconnaître l'esclavage comme un crime contre l'humanité, elle doit faire face à la réparation", a déclaré Me Kaba signalant que "quand il y a droit, il y a aussi de réparation".
Il faut également faire en sorte qu'aux Etats-Unis, les 300 années d'esclavage d'une partie de la population soient reconnues par le gouvernement américain qui doit accepter la réparation pour rétablir le passé de négation de la dignité de cette catégorie de ses citoyens, a-t-il estimé.
Cette réparation peut être symbolique, judiciaire, "mais elle doit aussi aboutir à une réconciliation", a insisté le président de la FIDH, indiquant que Durban doit être poursuivi "avec des actions quotidiennes, concrètes et de défense des droits de l'homme en luttant contre la discrimination des minorités, des immigrés, des défavorisés".

05 novembre 2001 15:51:00




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