Des menaces planent sur l’année scolaire au Sénégal

Dakar, Sénégal (PANA) - L’année scolaire qui débute ce mercredi au Sénégal est pleine d’incertitudes et de menaces, estiment les principaux syndicats d’enseignants de l’élémentaire et du secondaire.

Ces menaces tiennent au respect des accords que les syndicats ont signés avec le gouvernement en 2014 qui devraient matérialiser la satisfaction de leurs revendications.

«Nous ne pouvons plus nous satisfaire de déclarations de foi, ce que nous avons clairement dit au gouvernement. L’apaisement de la situation passe par le respect et la concrétisation de nos accords. Aujourd’hui il existe une crise de confiance entre l’Etat et les syndicats», a déclaré à la PANA le secrétaire général adjoint de l’Union démocratique des enseignants (UDEN), Diab Sène.

Parmi les principales revendications des enseignants figure l’augmentation de leur indemnité de logement qui est actuellement de 60.000 francs CFA (environ 120 dollars américains) pour tous les corps de l’élémentaire et du secondaire.

Le ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam, souligne lui-même la nécessité de satisfaire cette revendication pour assurer le déroulement normal de l’année scolaire qui commencera le 9 octobre pour les élèves, soit cinq jours après le personnel enseignant et administratif.  

"La question constitue un facteur à risques pour l’année scolaire. C’est un problème qui n’est pas facile à résoudre. Nous devons nous inscrire dans la durée en réfléchissant sur la réforme de l’administration, des systèmes de rémunération pour corriger les imperfections», a-t-il affirmé vendredi dernier.

Selon les syndicats, la satisfaction de cette revendication est retardée par les lourdeurs administratives, mais surtout «un manque de volonté» du gouvernement.

«En 2015 le gouvernement avait fait une étude sur le système de la rémunération et de l’indemnisation des fonctionnaires qui a été partagée par tous les travailleurs. Nous étions arrivés à des conclusions consensuelles et il était question de les appliquer à partir d'octobre 2016», a déclaré à la PANA le secrétaire général du Syndicat unique des enseignants du Sénégal (SUDES), Amadou Diaouné.

Le même discours est tenu du côté du Cadre unitaire syndical des enseignants du moyen secondaire (CUSEM), un syndicat qui a vu le jour au début des années 2000.

«Depuis lors, le gouvernement nous dit que le dossier est dans le circuit administratif et qu’un décret devait être signé par le président de la République, mais toujours rien», a ajouté le secrétaire général adjoint du CUSEM, Ndogo Sarr.

«L’indemnité de logement est un dossier extrêmement sensible et complexe. Nous demandons l’ouverture d’un débat sur la question et que l’Etat ne garde pas le silence comme si l’affaire était classée», a-t-il confié à la PANA.

Le recrutement automatique des enseignants du secondaire sortant de l’Ecole normale supérieure (ENS) et des Ecoles de formation des instituteurs (EFI), ainsi que les avancements et les reclassements figurent en bonne place sur la plateforme revendicative des syndicats d’enseignants.

«Les enseignants débutants ont le statut de contractuel pendant deux ans avant d’être intégrés dans la Fonction publique. Nous demandons leur intégration dès leur première année de service», a dit M. Sarr.

Le CUSEM, qui trouve cela injuste, déplore également les lenteurs dans la régularisation des avancements et des reclassements des enseignants.  

«Les lenteurs administratives persistent alors qu’il y va de la vie même des enseignants et de leurs familles. Certains d’entre nous sont restés pendant 10 à 15 ans sans avancement et perçoivent toujours le même salaire. Cela concerne surtout les maîtres contractuels et les professeurs contractuels qui ont été intégrés dans la Fonction publique», a ajouté le secrétaire général adjoint du CUSEM.  

Afin de prévenir les perturbations scolaires, le gouvernement, les syndicats d’enseignants et le Haut conseil du dialogue social (HCDS) se sont réunis en séminaire, du 24 au 27 septembre, pour aplanir les divergences.

Les syndicats qui ont salué l’initiative du gouvernement d’organiser cette rencontre, restent toutefois sur leurs gardes.    

«Nous magnifions ce genre de rencontres. C’est bien que le gouvernement créée des espaces de concertation et de dialogue. Nous saluons cette attitude, d’autant que tout conflit se règle autour d’une table», a déclaré Diab Sène.

«Le bon déroulement de l’année scolaire dépendra de la bonne volonté du gouvernement. A priori, nous n’avons pris aucun engagement de ne pas aller en grève. Nous veillerons au respect des accords», a-t-il ajouté.

L’avis du responsable de l’UDEN est partagé par le secrétaire général du Syndicat unique des enseignants du Sénégal (SUDES), Amadou Diaouné.

«Il faut saluer les efforts du gouvernement dans le sens de prévenir les crises. Nous allons veiller à ce que les engagements pris depuis février 2014 soient effectifs. Beaucoup d’efforts ont été faits dans le sens de la matérialisation des accords, mais il en reste encore», a-t-il déclaré à la PANA.

Lors du conseil des ministres qui s’est tenu le 27 septembre dernier, le Président Macky Sall avait souligné l’importance «primordiale" qu’il accorde à l’éducation, à la formation, à la recherche et à l’innovation.

Il avait demandé au gouvernement «d’assurer, sur l’ensemble du territoire national, le bon déroulement de la rentrée scolaire et universitaire 2017- 2018 en veillant à l’amélioration continue du cadre de vie des écoles et universités, de même qu’à l’adaptation progressive des dispositifs d’enseignement aux outils numériques modernes».
-0- PANA AAS/AAS/SOC 03sept2017

03 octobre 2017 16:37:00




xhtml CSS