Des activistes continuent de réclamer à l'UA le jugement de Habré

Kampala- Ouganda (PANA) -- Des défenseurs des droits de l'Homme et des victimes présumées du régime Hissène Habré, ont réclamé, dimanche à Kampala, en Ouganda, le jugement de l'ex-président du Tchad, estimant que la tenue de son procès au Sénégal va constituer un fait historique pour ce pays d'Afrique de l'Ouest mais également pour le continent.
Le président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (RADDHO), Alioune Tine, a déclaré dans une interview exclusive accordée à la PANA en marge du 15ème sommet de l'Union africaine (UA), qu'il était temps d'appliquer le principe de la juridiction universelle en jugeant un ex-chef d'Etat dans un autre pays que le sien.
"Nous sommes convaincus qu'il est temps pour ce procès de s'ouvrir, pour donner à un pays africain (le Sénégal) une occasion d'appliquer le principe de la juridiction universelle", a déclaré M.
Tine.
M.
Tine commentait le procès attendu de longue date de M.
Habré après que le conseiller juridique de l'UA, Ben Kioko, a annoncé que l'organisation continentale était très proche d'un accord avec les bailleurs sur le budget de ce procès.
Le conseil et porte-parole de Human Rights Watch (HRW), Reed Brody, a déclaré à la PANA que les preuves contre M.
Habré étaient très solides, en soulignant que l'ex-dictateur n'avait pas seulement construit une prison dans la résidence présidentielle à N'Djaména, la capitale tchadienne, mais qu'il torturait lui-même personnellement les détenus politiques tout en ayant mis sur pied une force de Police, la "DDS", comprenant exclusivement des membres de son ethnie.
M.
Habré, actuellement âgé de 68 ans, est accusé de milliers d'assassinats politiques et de torture systématique de 1982 à 1990.
Les victimes de son régime dont la plupart sont mortes, tandis que d'autres s'efforcent depuis 20 ans de le poursuivre en justice.
Au cours de son sommet en juillet 2006 à Banjul, en Gambie, l'UA avait donné espoir aux victimes en mandatant le Sénégal pour poursuivre M.
Habré "au nom de l'Afrique" et ordonné à la Commission de l'UA "d'apporter au Sénégal l'assistance nécessaire pour l'organisation effective de ce procès".
Le Sénégal hésite cependant à ouvrir ce procès sous prétexte de ses implications budgétaires.
Pour commencer, Dakar a demandé 66 millions d'euros (85 millions de dollars américains) avant de revoir ses exigences à la baisse jusqu'à 27 millions d'euros (34,8 millions de dollars) pour juger M.
Habré.
Maintenant, le président Abdoulaye Wade est prêt à accepter moins de la moitié de cette dernière somme.
Selon M.
Brody, les victimes de M.
Habré ont vécu un "feuilleton politique et judiciaire interminable".
Il a rappelé qu'un haut magistrat sénégalais avait inculpé M.
Habré en 2000, mais après une ingérence politique, dénoncée par les Nations unies, les tribunaux sénégalais se sont déclarés incompétents dans cette affaire.
Quand les victimes se sont tournées vers la Belgique et qu'un juge belge, après quatre ans d'enquête a inculpé M.
Habré en 2005, le Sénégal a rejeté sa demande d'extradition.
Le Comité des Nations unies contre la torture a en 2006 condamné le Sénégal pour son inertie et demandé à ce pays de poursuivre ou d'extrader M.
Habré.
Le Sénégal n'a pas respecté cette décision.
Ces trois dernières années, le Sénégal a maintenu qu'il n'entamerait aucune enquête préliminaire avant de recevoir d'avance 27 millions d'euros de la communauté internationale, qu'il estimait être le coût du procès.
"Un procès équitable de M.
Habré au Sénégal devrait être une étape importante dans la lutte menée pour faire rendre compte de leurs actes aux auteurs d'atrocités en Afrique", a déclaré M.
Brody.
"A un moment où nombreux sont ceux qui déplorent le spectacle de dirigeants africains poursuivis par des tribunaux à l'étranger, son procès dans un autre pays africain montrera que les tribunaux africains sont souverains et capables de rendre justice aux victimes africaines pour des crimes commis en Afrique si son procès se déroule normalement", a-t-il ajouté.
MM.
Brody et Tine ont insisté sur le fait que le Sénégal devait rester fidèle à sa "tradition" de respect du droit international et des droits humains.
De même, la crédibilité de l'UA est en jeu.
Elle doit s'assurer que le mandat donné au Sénégal est mené à bien et prendre les mesures nécessaires pour que le procès ait lieu.
Clément Abaifouta de l'Association des victimes tchadiennes, qui a passé quatre ans dans les geôles de M.
Habré sans être jugé, a déclaré que son principal souhait était de voir l'ex-dictateur être poursuivi en justice.
"Si M.
Habré est jugé comme il se doit, cela suffira pour dédommager ses victimes", a ajouté M.
Abaifouta qui a déploré la manière dont M.
Habré a mis fin à ses études universitaires et l'a obligé à enterrer des co-détenus morts chaque jour.

26 juillet 2010 18:03:00




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