Des ONG dénoncent le racisme contre les Noirs en Tunisie

Tunis, Tunisie (PANA) - Plusieurs Organisations non gouvernementales tunisiennes ont dénoncé les actes de racisme dont sont régulièrement victimes les Noirs, notamment les étudiants africains en Tunisie, le dernier en date étant  "l’agression sauvage" subie dimanche dernier dans la région de Tunis par un étudiant camerounais.

"Nous, association et organisations signataires, dénonçons avec force l’agression sauvage dont a été victime un étudiant camerounais dimanche 1er novembre 2015 à l’Aouina", stigmatisent ces ONG dans un communiqué transmis jeudi à la PANA.

Selon le communiqué, "ce n’est pas la première fois qu’une agression raciste contre des étudiants africains est perpétrée dans notre pays. Pas plus tard qu’il y a une semaine, un étudiant congolais a été odieusement tabassé… Des dizaines d’autres ont été molestés dans plusieurs villes après l’élimination de la Tunisie de la Coupe d’Afrique des nations en février dernier".

"J'étais à Copenhague en tournée avec mon groupe à la sortie de mon album. Les gens ont voulu comprendre ce qui se passe et moi qui représentais mon pays, j’ai eu honte!", témoigne Achraf Chargui, un jeune musicien tunisien.

"Je sens de la peine en voyant qu’en 2015, on trouve des gens ignorants en Tunisie là où on parle de civisme, de construction de la démocratie et de la liberté", soupire-t-il.

Pourtant, la Tunisie a été le premier pays arabe et musulman à avoir aboli l'esclavage en 1846.

En juillet dernier, une vidéo montrant un diplomate sénégalais malmené par des policiers à l’aéroport de Tunis a fait le buzz sur les réseaux sociaux et provoqué un véritable tollé d’indignation.

Signe de cette inquiétante dérive raciste, l’Association des étudiants et stagiaires camerounais en Tunisie (AESCT) a appelé les ressortissants camerounais et les étudiants sub-sahariens en général à la prudence, à éviter de sortir la nuit, à éviter au maximum les attroupements, ajoute le communiqué.

Les ONG signataires notent que les comportements racistes touchent également les Tunisiens à la peau noire qui subissent discriminations, commentaires humiliants et harcèlements, dans l’espace public comme sur les lieux de travail.

Elles exigent, à cet égard, "la poursuite de toute personne coupable d’agression raciste, verbale ou physique" et appellent l’Assemblée des représentants du peuple (ARP/Parlement) à voter une loi qui pénalise clairement le racisme et garantisse la protection des victimes de discriminations et de racisme, conformément à la Déclaration universelle des droits de l’Homme et à toutes les conventions internationales bannissant le racisme.

Le communiqué est signé par le Comité pour le respect des libertés et des droits de l'Homme en Tunisie (CRLDHT), la Ligue tunisienne pour les droits de l'Homme (LTDH), le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), l’Association  Vigilance pour la démocratie et l'état civique (VDEC) et l’Association 23-10.

"Les Noirs en Tunisie, qu’ils soient de nationalité tunisienne ou autre, sont confrontés à un racisme intolérable. La discrimination basée sur la couleur de la peau est une réalité honteuse qui existe dans la société tunisienne", résume le journal électronique Businessnews.

Le journal illustre cette "réalité" par une lettre adressée aux députés début 2015 par une universitaire tunisienne et activiste de la Société civile, Maha Abdelhamid, qui milite pour l’abolition de la discrimination raciale envers les Noirs en Tunisie. Elle y attire l’attention sur
"un apartheid anti-Noir dans le village de Gosba, à Médenine", dans le Sud tunisien.
"Oui, l’apartheid en Tunisie, incroyable mais vrai !", dénonce-t-elle.

Sujets libres et citoyens, les Tunisiens du village sont toujours nommés "Abid", esclaves.
Ils sont encore considérés comme des citoyens de second ordre, inférieurs aux Blancs de leur village. La pauvreté et la marginalisation socio-économique des habitants de "Gosbet l’abid" sont frappants.

"Aucun encadrement n’est prévu pour les jeunes qui abandonnent l’école à un âge précoce, faute de moyens", s’indigne l’universitaire. Plus aberrant encore, les écoliers Blancs et Noirs de la région, prennent des bus différents ! En effet, le village est partagé en deux: une partie pour les Noirs, une autre pour les Blancs, les deux "territoires" étant séparés par une oued, ses élèves qui fréquentent les mêmes lycées s’y rendent séparément.

Maha Abdelhamid interpelle les députés: "Âmes sensibles s’abstenir ! Cette ségrégation dans les transports existe depuis l’an 2000, suite au mariage d’un jeune Noir et d’une jeune Blanche sans le consentement de la famille de cette dernière".
-0- PANA BB/JSG/IBA 05nov2015

05 november 2015 12:26:40




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