De lourdes peines contre les exciseuses

Niamey- Niger (PANA) -- Le gouvernement nigérien a décidé de sanctionner lourdement les personnes reconnues coupables d'avoir opéré des mutilations génitales sexuelles en les punissant de six mois à trois ans d'emprisonnement, au terme d'un projet de révision du code pénal.
Si la mort survient à la suite d'une telle mutilation, le coupable risque de 10 à 20 ans de réclusion criminelle.
Les peines ci-dessus sont portées au maximum si l'auteur appartient au corps médical ou paramédical.
Une interdiction d'exercer sa profession pourra être prononcée pendant une durée n'excédant pas cinq ans.
Actuellement, la loi n'atteint pas les auteurs et complices d'excision, alors même que la pratique occasionne des drames.
On rappelle qu'en juillet 2000, une fillette avait trouvé la mort à Magaria (850 km à l'est de Niamey) suite à une hémorragie consécutive à une ablation de son diaphragme vaginal par un tradipraticien.
L'excision consiste à couper tout ou partie de l'organe génital externe de la femme.
Le plus souvent, elle consiste à l'ablation du clitoris de la femme en vue de "réduire son désir sexuel et garantir en même temps sa fidélité".
La pratique de l'excision a encore cours au Niger, en dépit des efforts fournis par les services de santé et des organisations qui luttent contre les pratiques traditionnelles néfastes à la santé, indiquent plusieurs enquêtes menées à l'intérieur du pays.
Une première enquête menée en 1992 par le Comité nigérien sur les pratiques traditionnelles néfastes (CONIPRAT), complétée par une autre en 1998, attestent que l'excision est bel et bien pratiquée au Niger, même si la tendance est à l'abandon dans certaines zones du pays.
Selon l'enquête du CONIPRAT, trois principaux départements du Niger sont concernés par l'excision : Diffa (est), Tillabéry (ouest) et la Communauté urbaine de Niamey, en particulier dans certains de ses villages le long du Fleuve Niger.
L'enquête révèle que la pratique est surtout observée chez les groupes ethniques comme les Peulh, les Gourmantché, les Djerma-Songhai, les Kurtey, les Arabes et les Wogo.
Elle a surtout démontré que chez les Peulh, le taux de fréquence de l'excision est le plus élevé.
Plusieurs raisons sont invoquées d'une région à une autre pour justifier la pratique de l'excision.
Il y a en premier lieu, l'islam, une thèse cependant réfutée par plusieurs érudits musulmans qui estiment qu'il n'existe en vérité aucun texte consacrant cette tradition.
Dans certaines ethnies, l'excision est une forme de rite d'initiation pour les jeunes filles.
Une fille non excisée est sujette à des railleries de ses camarades d'âge et elle aura beaucoup de difficultés à se marier.
L'excision se justifie également comme une mesure de protection pour la femme, car, soutient-on, elle permet de réduire la sensibilité de la femme et de garantir sa fidélité conjugale.
Chez les Arabes, outre les raisons religieuses, on estime que l'excision a pour fonction de rendre blancs les yeux de la femme et de transformer sa voix pour la rendre plus féminine.
Selon les médecins, l'excision a beaucoup de conséquences graves sur la santé de la femme.
Il en est ainsi de la douleur vive, car l'opération est pratiquée au village sans anesthésie, de l'hémorragie pouvant entraîner la mort, les infections dues à l'usage du matériel non aseptisé, des complications urinaires, des fistules, de la frigidité, du traumatisme psychologique, etc.
Le CONIPRAT qui lutte contre les pratiques traditionnelles néfastes, avait organisé en novembre 1999 une cérémonie symbolique à Téra, 180 km à l'ouest de Niamey, au cours de laquelle plusieurs exciseuses ont déposé leurs couteaux, rappelle-t-on.

14 mai 2001 14:08:00




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