Comment Dakar a préparé les assises de Durban pour l'Afrique

Dakar- Sénégal (PANA) -- La réunion régionale africaine préparatoire à la Conférence sur le racisme, tenue dans la capitale sénégalaise au cours de la dernière décade de janvier 2001, avait abouti à l'adoption d'une "Déclaration de Dakar" exprimant la position commune du continent à présenter à Durban.
Ce texte, adopté en présence notamment de Mme Mary Robinson, haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme et, à ce titre, maître d'oeuvre de la conférence de Durban, salue d'emblée "la mémoire de toutes les victimes du racisme et de la discrimination raciale, du colonialisme et de l'apartheid partout dans le monde".
Elle note qu'en dépit des efforts de la communauté internationale, les principaux objectifs des deux décennies de lutte contre le racisme et la discrimination raciale "n'ont pas été réalisés".
"Des millions de personnes continuent à ce jour d'être victimes de formes variées, nouvelles et sophistiquées de racisme et de discrimination raciale", en particulier des nationaux d'origine différente, des travailleurs migrants, des demandeurs d'asile, des réfugiés et des étrangers", poursuit le texte.
La Déclaration de Dakar fait aussi état de la préoccupation de ses concepteurs du fait que le continent africain a connu des violences ethniques et, dans certains cas, des actes de génocide, et qu'il ne s'agit pas exclusivement d'un phénomène racial, mais comportant un grand nombre de dimensions nationales et internationales profondément enracinées.
Une autre préoccupation tient au fait que le développement socio-économique de l'Afrique est entravé par des conflits internes généralisés dus, entre autres, à des violations des droits humains, notamment la discrimination basée sur l'origine ethnique ou nationale, le manque de démocratie, ainsi que l'absence de gouvernance globale et participative.
La réunion de Dakar a d'autre part affirmé que la traite négrière "est une tragédie unique dans l'histoire de l'humanité, un crime contre l'humanité sans pareil non seulement dans son caractère barbare, mais encore par sa grande ampleur, sa nature institutionnalisée, sa dimension transnationale et, plus particulièrement, sa négation de l'essence même de la nature humaine des victimes".
Les conséquences de cette tragédie aggravée par celles du colonialisme et de l'apartheid ont provoqué, selon la rencontre africaine, des préjudices économiques, politiques et culturels considérables et durables aux populations africaines.
Elles continuent de sévir sous la forme de dommages causés aux descendants des victimes et de perpétuation des préjudices causés aux Africains sur le continent et aux descendants des populations africaines de la diaspora.
Les auteurs de la déclaration se disent conscients du fait que les difficultés économiques de l'Afrique ne peuvent pas être attribuées exclusivement à des facteurs exogènes et à des événements historiques.
"Ces facteurs et événements ont cependant eu des effets négatifs considérables sur le développement économique de l'Afrique" et "la justice requiert à présent d'importants efforts nationaux et internationaux pour réparer les dommages causés".
Compte tenu de tout ce qui précède, la réunion de Dakar a affirmé qu'en l'état actuel des choses, "la première mesure logique et crédible" à prendre consiste à amener la communauté internationale, dans son ensemble, à reconnaître pleinement que "les injustices historiques de la traite des esclaves, du colonialisme et de l'apartheid sont au nombre des formes institutionnalisées de violation des droits de l'homme les plus graves et massives".
Cependant, cette reconnaissance n'aurait pas de sens sans des "excuses explicites" des anciennes puissances coloniales qui ont commis ces violations des droits de l'homme ou de leurs successeurs, souligne la réunion de Dakar, ajoutant que cet acte de repentance devra être dûment reflété dans la Déclaration finale de la conférence de Durban.
Auparavant, les participants africains avaient rappelé les valeurs et principes de dignité humaine et d'égalité contenus dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, la Charte des Nations Unies, la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale.
Ils avaient également rappelé les principes établis par le droit positif international, notamment le caractère imprescriptible des crimes contre l'humanité.

18 août 2001 19:14:00




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