Burundi: levée des sanctions contre le « Renouveau du Burundi » et des tractations avec la BBC et VOA

Bujumbura, Burundi (PANA) - Le Conseil national de la communication (CNC) a décidé, mercredi, de lever des sanctions contre le quotidien gouvernemental « Le Renouveau du Burundi » dont la rubrique commerciale avait été suspendue, début mai, pour une durée de six mois, sous le chef d’accusation d’avoir accepté des annonces et publicités dans des langues autres que le français conventionnel.

En plus des subsides de l’Etat, le journal gouvernemental jouit d’un quasi-monopole sur le marché burundais de la publicité, ce qui lui confère une santé financière exceptionnelle par rapport aux autres entreprises de presse, disent les concurrents.

Dans le nouveau cahier de charges avec le CNC, le quotidien gouvernemental se voit encore réconforté et autorisé d’étendre la diffusion des annonces et publicités à l’Anglais et au Swahili, deux autres principales langues étrangères d’affaires au Burundi, ainsi que dans sa sous-région est-africaine.

Du côté des médias internationaux, qui avaient également écopé de six mois de suspension pour ««manquements à la loi régissant la presse et à la déontologie professionnelle» au Burundi, le président du CNC, Karenga Ramadhani, a fait état de contacts fructueux en cours et pouvant déboucher sur la levée des sanctions à leur encontre.

Les mauvaises langues à Bujumbura avaient vu dans la suspension du quotidien gouvernemental, un savant habillage pour mieux passer les sanctions contre les médias internationaux qui commençaient à agacer au moment où le pays s’engageait dans une campagne référendaire controversée sur une nouvelle Constitution de la République du Burundi.

Au nombre de ces médias internationaux encore sous le coup de suspension figurent la «British broadcasting corporation (BBC-Londres)" et de la «Voix de l’Amérique» (VOA).

Entre-temps, les responsables des deux radios étrangères ont fait amendes honorables en présentant des excuses « sincères » pour les fautes professionnelles qui leur étaient reprochées, selon toujours le président du CNC.

La BBC était accusée d’avoir relayé des propos « déplacés, exagérés, non vérifiés, diffamatoires, portant atteinte à réputation du chef de l’Etat, incitant à la haine ethnique, au conflit politique et à la désobéissance civile », de la part d’un activiste burundais des droits humains, recherché par la Justice de son pays.

Les radios britannique et américaine manquent aux consommateurs d’informations et d’émissions très suivies en Kirundi, la langue nationale des Burundais, contrairement à leur consœur RFI, diffusant en français et prisée plutôt par les élites intellectuelles.

VOA, pour sa part, était accusée d’avoir violé les dispositions de la loi sur la presse en diffusant des émissions sur une fréquence qui lui avait été refusée par le CNC depuis septembre 2017.

En plus de ce manquement, la VOA a été pénalisée pour diffusion, «dans ses éditions du 4, 5, 17 et 26 avril, des informations « très tendancieuses et contraires aux règles de la profession portant préjudice aux relations du Burundi avec les Nations unies » et poussant, de l’autre côté, « à la haine politique».

La station américaine avait encore fâché le CNC en recrutant un journaliste burundais également recherché par la Justice de son pays et dont le mandat d’arrêt était toujours en vigueur.

«M. Karenga a indiqué que le CNC attendait toujours la venue annoncée des délégations de ces radios pour clore les dossiers de suspension.

Radio France Internationale (RFI), quant à elle, s’en était sortie avec une mise en garde suite au traitement « tendancieux et mensonger » en rapport avec l’emprisonnement d’opposants au récent référendum constitutionnel au Burundi.

Les principaux médias indépendants locaux, quant à eux, étaient déjà en débandade suite à la crise politique autour des élections controversées et émaillées de violences de 2015.

L’un de ces médias, « Radios Isanganiro» (Carrefour, en langue nationale, le kirundi) a été autorisé à réémettre après plus de deux ans de fermeture.

Début mai, le CNC est revenu à la charge pour mettre en garde la Radio Isanganiro de n’avoir pas respecté son cahier des charges en matière de «vérification rigoureuse des sources d’information et du respect des grilles des émissions».

La même mise en garde a été adressée à la radio de la Chambre de commerce et d’industrie du Burundi (CCIB Fm Plus) qui se remettait à peine d’une longue période de suspension pour avoir outrepassé sa ligne éditoriale en traitant des questions politiques.

Les Burundais tentent de combler le vide laissé par les médias classiques indépendants en se rabattant sur les réseaux sociaux, sans néanmoins de garantie d’une information toujours fiable dans un pays rompu aux manipulations, à la diffamation et aux rumeurs par ces temps de crise socio-politique, de l’avis général des spécialistes des nouveaux médias.

Les smartphones sont les principaux supports qui offrent la possibilité de suivre en ligne les différentes radios et télévisons libres, animées par des journalistes burundais en exil, non sans risque pour les internautes de se faire inquiéter, rapportent souvent les quelques médias locaux encore actifs dans le pays.
-0- PANA FB/BEH/IBA 23mai2018

23 may 2018 14:23:10




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