Après des décennies de négligence, l'enseignement en Libye victime des divisions politiques et du chaos sécuritaire

Tripoli, Libye (PANA) - Alors que la Libye est toujours à la recherche de solutions à ses problèmes, politiques et de sécurité, le secteur de l'éducation dans ce pays demeure sous le gage d'issues attendues pour mettre fin à des décennies de négligence, se débarrasser du désordre des divisions afin qu'il s'améliore et se hisse parmi les nations en avance au plan éducatif, et de relever les indicateurs de développement en Libye.

Les estimations actuelles indiquent que le secteur de l'éducation a connu des opérations de sabotage systématique au cours des quatre dernières décennies sous l'ancien régime, produisant des promus de très faibles niveaux dans tous les domaines de l'éducation, en laissant de longues files de chômeurs sans capacités, en dépit des diplômes supérieurs qu'ils possèdent.

Les écrits et tags qui sont apparus sur les murs dans les villes, villages et les zones rurales après la chute du régime en 2011, ont révélé un niveau très faible poussant le Conseil présidentiel à demander à une entreprise spécialisée dans la publicité, l'élaboration des slogans coulés dans "moules", et affichés sur les routes principales et façades dans la capitale libyenne après son entrée à Tripoli par mer pour s'y installer en fin mars 2016.

On rappelle que de grands espoirs avaient été suscités par la réussite de la révolution du 17 février de réaliser la liberté pour laquelle les Libyens se sont révoltés contre l'ancien régime, et pour réaliser le développement, la construction d'un Etat, des institutions et du droit et l'alternance pacifique au pouvoir.

Mais la lutte effrénée menée actuellement pour le pouvoir a dissipé tous les rêves et a plongé le pays dans le chaos ayant eu des impacts négatifs sur l'éducation.

Ainsi, l'inspecteur de l'éducation, Abdelssalam Khalafallah a indiqué à la PANA que "le secteur de l'éducation reflète le chaos et la division qui règnent dans le pays", soulignant que "les universités libyennes ont été le théâtre de mouvements de renaissance menés par des étudiants très actifs après le succès de la révolution, incarnés par l'organisation de conférences, de séminaires et des galeries d'art. Mais cela a été de courte durée cédant à un état de frustration en raison de la détérioration de la situation de sécurité dans le pays, la prolifération des armes et la prédominance des milices armées qui ont séduit un grand nombre de jeunes et d'étudiants".

Dans le même état d'esprit, Massoud Salem, 58 ans, enseignant dans le quartier de Souk Al-Jumaa a déclaré que "la lutte pour le pouvoir et pour l'argent a poussé beaucoup d'étudiants à quitter les bancs de l'école et à rejoindre des fronts de bataille sans but, autre que d'obtenir l'argent qui était distribué généreusement par les seigneurs de guerre".

M. Salem estime que la détérioration de la situation de l'éducation laissera un impact sur les générations futures pendant des décennies encore, assurant : "chaque jour qui passe sans ramener le pays à un état de stabilité et y normaliser la vie coûtera à la Libye d'énormes pertes et bloquera les programmes de développement et la construction de l'Etat".

Certains experts disent que le système d'éducation en Libye semble aujourd'hui déstructuré et a besoin de redoubler d'efforts et d'aides des organisations internationales compétentes, dont l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) pour sortir du cycle de la "mort clinique" du secteur de l'éducation en Libye.

Récemment un atelier sur les problèmes de l'éducation organisé à Tripoli a conclu à l'identification de cinq axes pour réhabiliter le secteur, portant sur la nécessité de développer des mécanismes appropriés pour faire cesser les attaques contre le corps professoral, les attaques contre les bâtiments scolaires, les terrains de jeux et de la zone autour des établissements d'enseignement, l'entretien des bâtiments délabrés et le parachèvement des projets interrompus.

Les recommandations comprennent également l'amélioration de la situation du personnel, l'amélioration des conditions des capacités et de la performance dans certaines des méthodes d'enseignement, la résolution du problème de la surpopulation dans les établissements, ainsi que la prise en compte de l'état psychologique et la santé des élèves et des enseignants, notamment la propagation de la violence et de l'oisiveté à l'école, l'interdiction aux drogues et d'autres problèmes psychologiques.

Le professeur Aboul Gacem Omar estime que "l'état de division politique qui a prévalu dans le pays et la multiplicité des ministères a donné lieu à des décisions contradictoires qui ont brisé les institutions d'enseignement et porté atteinte aux calendriers des études et des examens", soulignant que les précédentes recommandations de l'atelier et d'autres se sont évaporées et perdues au milieu du chaos et de la confrontation armée, ainsi que la perturbation des activités scolaires et le déplacement dans les zones de conflit".

Concernant les raisons qui ont nui au processus éducatif au cours des cinq dernières années, Aboul Gacem a indiqué que "les problèmes de la distribution des manuels et aides à l'enseignement, causés par les divisions zonales et régionales étroites sont entretenus par des individus qui ne font pas preuve d'un esprit de responsabilité".

Pour le blogueur libyen, Aboubakar Vahil ce qu'il décrit comme "catastrophe des catastrophes" dans le secteur de l'éducation, représenté par "la maladie de la fraude aux examens, qui remonte à des décennies", en disant que "la maladie s'est amplifiée après Février (révolution du 17 février) en contaminant chaque école et université".

M. Vahil a ajouté, par ailleurs, que les examens du brevet pour cette l'année a été effectué à des dates différentes, dans l'Est et l'Ouest du pays; ce qui signifie que les questions des examens ne sont pas standardisées comme il est d'usage par le passé, en plus de la fuite de questions dans certaines régions parmi les élèves, à travers les moyens et réseaux de communication sociale.

Il a aussi souligné "la présence de dizaines de milliers d'employés dans le secteur de l'éducation n'ayant pas de fonction, n'ayant rien à voir avec le domaine de l'éducation, alors qu'ils sont payés au détriment de l'enseignant réel, ainsi que l'absence d'une base de données établies en conformité avec les plans et les études".

Une lueur d'espoir dans ce bout du tunnel sombre du secteur de l'éducation après l'annonce récemment d'un accord entre responsables de l'éducation publique à l'Est et à l'Ouest du pays, de coordonner les dates des études et l'unification des examens au cours de la prochaine année scolaire. Il en est de même de l'invitation aux responsables de l'éducation dans les régions du Sud pour rejoindre ce processus pour sauver l'un des secteurs les plus importants, qui est ballottée par la fièvre du chaos et de la division que connaît le pays.
-0- PANA AD/BY/IS 03août2016

03 août 2016 00:01:37




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