Appel du PAM en faveur des Malawites mourant de faim

Nkhotakota- Malawi (PANA) -- Cette période est censée coïncider avec la saison des récoltes au Malawi, mais pour Nelezi Zakariya, une grand-mère de 65 ans du village de Chimbalu, situé dans le district central lacustre de Nkhotakota, à 100 km au nord de la capitale Lilongwe, c'est une grande première.
Après avoir perdu quatre de ses enfants morts de famine au plus fort de la crise alimentaire en février, sa situation est toujours désespérée.
Elle a confié jeudi à un groupe de visiteurs du Programme alimentaire mondial et d'une organisation caritative irlandaise, Concern Worldwide, que faute d'engrais suffisant, elle a à peine récolté quelque chose de ces deux hectares de jardin.
"Dieu sait comment nous allons survivre", a-t-elle dit avec résignation.
"Nous survivons en quémandant des enveloppes de maïs".
Les bons jours, Zakariya et ses sept enfants survivants -en dehors des enveloppes de maïs et des tiges de bananes qu'ils mangent- vivotent grâce à l'aumône offerte par une organisation caritative catholique voisine.
Kerren Hedlund du PAM, a confié à la PANA qu'une étude de l'organisation des Nations Unies révèle que des histoires comme celle de Zakariya ne sont pas isolées dans le pays où les trois-quarts des 11 millions d'habitants ont à peine survécu à la faim entre novembre et mars.
"C'est la période des récoltes, mais beaucoup de familles ne vont rien récolter dans beaucoup de villages", dit-elle.
L'insuffisance des pluies, les inondations et les animaux sauvages en maraude comme les hippopotames et les éléphants, sont mis en cause, mais selon Mme Hedlund, certaines personnes ne récoltent rien parce qu'elles ont passé leur période productive à chercher de la nourriture au lieu de travailler dans leurs jardins.
La plupart des gens ont déjà épuisé le peu de nourriture qu'ils avaient réussi à récolter.
Pour Mme Hedlund, dans beaucoup de villages de la région centrale du pays, les populations arrivent à peine à survivre.
D'après elle, si l'aide alimentaire n'arrive pas vite au Malawi, une catastrophe humaine se profile à l'horizon.
Pour certains villageois, dit-elle, dans quelques semaines, ils vont commencer à mourir de faim.
"Nous ne pouvons nous permettre d'attendre.
Les mois à venir seront critiques".
Le Malawi a lancé un appel à l'aide alimentaire en février après des mois de persuasion pour amener le président Bakili Muluzi, entêté, à déclarer le Malawi région sinistrée.
Mais il y a eu peu de réactions aux appels de Muluzi en raison de la gestion corrompue des maigres ressources du pays, à l'instar de la vente douteuse de 167000 tonnes de maïs au Kenya au moment où la faim menaçait.
Selon le ministre de l'Agriculture, Aleke Banda, le Malawi a enregistré cette année un déficit de 600000 tonnes de maïs, mais seules 200000 tonnes ont été promis jusqu'ici.
Le gouvernement a besoin d'au moins 21,6 millions de dollars pour éviter une famine totale, mais moins de 5 millions de dollars lui ont été offerts.
Mary Corbett, nutritionniste auprès de Concern Worldwide, estime que les enfants de moins de 5 ans sont les plus touchés par la pénurie alimentaire.
Au village de Masewe à Nkhota Kota où les experts du PAM et de Concern Worldwide examinaient jeudi les enfants, les émaciés étaient à peine vivants, avec la peau qui se pèle par manque de nourriture.
D'après Mme Corbett, la plupart des enfants ont le marasme, le kwashiorkor et des odèmes, des vies menacées si l'aide alimentaire n'arrive pas vite.
Selon elle, Concern Worldwide a mis en place un programme nutritif avec des sours catholiques dans la région pour sauver les enfants.
"Certains de ces enfants peuvent mourir s'ils ne sont pas soumis immédiatement à un régime correct", dit-elle.
Mais pour les vieilles personnes comme grand-mère Nelesi Zakaria, elles ont à peine de l'énergie pour faire même quelques travaux afin de gagner de l'argent.
"Nous attendons la mort", dit-elle, l'air résigné et le regard absent.

17 mai 2002 11:45:00




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