Appel à une lecture intelligente des textes religieux

Rabat, Maroc (PANA) - Ahmed Abbadi, Secrétaire général de la « Rabita Mohammedia des Oulemas », plaide pour une lecture intelligente des textes religieux pour le bonheur des humains, lors d’un entretien avec la presse dans le cadre du premier forum des femmes journalistes de l’Afrique, «  Les Panafricaines », tenu récemment au Maroc.

S’exprimant sur les droits de la femme, lors d’un entretien organisé dans le cadre dudit forum, Ahmed Abbadi compare ces droits à une quête qui, comme toutes les quêtes, rencontre des obstacles dont il faut être conscient.

Le premier obstacle, souligne-t-il, est « l’antagonisme que d’aucuns s’attellent à faire jaillir entre texte et contexte. Est-ce que ce texte est émancipateur, libérateur ou est-il un ligottement excessif des droits de la femme ».

Pour ce conseiller attaché à la culture religieuse, tout dépend de l’approche et l’approche ne doit pas être littérale et reprendre simplement ce qui a été dit sans le rapprocher aux sources pour comprendre qu’il y a une ingénierie aux textes.

Selon Ahmed Abbadi, « l’ingénierie démontre sans faille que le dogme de ce socle est de garantir le bonheur. Non seulement l’ingénierie du texte religieux musulman, mais également de tous les textes religieux, est qu’il y a une finalité des finalités qui est de garantir le bonheur aux humains ».

Parlant de finalités, il en dénombre quatre grandes: l’unicité de l’existence, la connectivité et la purification intentionnelle et factuelle et la capacité de peupler sainement cette planète qui n’est rien d’autre que notre mère terre. Une mère qui, selon lui,  « peut vivre sans nous, mais nous (Ndlr: ne pouvons vivre) sans elle ».

Sous cette dernière finalité, il relève six valeurs fondamentales qui consistent en la préservation de la vie, la préservation de la religiosité, la préservation de la dignité, de la descendance, de la raison et de la propriété.

Parlant de la Charia, M. Ahmed Abbadi explique que: « seulement 250 versets du Coran font allusion à la Charia, ce qui, en terme de pourcentage, ne fait que 4%. Les 96% des versets coraniques sont porteurs de beauté, de valeur de la conception, de ce que doit être une société, de ce que doit être un être humain, sans distinction d’homme ou femme. Le fait de nous avoir enclavés dans ces 4% nous a fait oublier les 96% qui sont de toute beauté et de tout amour ».

Il salue l’approche marocaine du texte religieux fondée sur la jonction entre texte et contexte et qui a permis de générer une flexibilité fonctionnelle ou une fonctionnalité flexible.

Ahmed Abbadi compare l’approche marocaine à celle d’un architecte qui, contrairement au maçon, raisonne de manière flexible et de façon à prendre en compte toutes les fonctions, et à éviter les crises.

« On a besoin de cette arôme, de cette sensibilité féminine de la compréhension des textes, on a besoin que cela émerge de nouveau », insiste-t-il, rappelant qu’une étude récente a démontré qu’il y plus de de 45.000 savantes de l’Islam qui ont contribué à l’histoire de la co-reprodutivité et de la connaissance de l’Islam.

La réalité décriée s’est enfouie, selon lui, dans la mémoire collective, parce qu’on a pensé que la religiosité et l’adaptation du texte n’étaient qu’au masculin.

« On en a vraiment besoin parce que la capacité de voir sous d’autres angles doit être complétée par cette jonction des forces entre hommes et femmes pour comprendre les textes.
Il invite à ne pas permettre une phallocratie de l’interprétation et de la compréhension et ceci en continuité et non en événementiel.

Ahmed Abbadi se félicite de la création au sein de la Rabita Oulema d’un centre d’études féminines avec des chercheuses et des chercheurs qui s attellent à produire au quotidien, pas de façon événementielle, beaucoup d’ouvrages en phase avec les innovations dans le champ religieux.

« Il est grand temps qu’on comprenne que la société est composée d’hommes et de femmes qui ne sont pas des personnes autres que nos épouses, nos sœurs et nos filles et nos mères et grands-mères. C’est nous finalement. C’est une complémentarité qui s’avère belle et tout citoyen militant doit supporter le fait que cela doit se passer en continuité", déclare-t-il.
-0- PANA IT/BEH/IBA 14mars2017

14 mars 2017 14:33:02




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