Amnesty pour la reconnaissance des crimes et abus du passé

Dakar- Sénégal (PANA) -- Le directeur du programme de la recherche et du mandat à Amnesty International (AI), M.
Claudio Cordone, a souligné mercredi à Dakar la nécessité de reconnaître les crimes et abus du passé.
"Cette reconnaissance est d'abord importante pour la mémoire des victimes dans la mesure où ces crimes n'existent plus et ensuite pour éviter qu'ils se répètent", a déclaré M.
Cordone en prélude à la Conférence mondiale sur le racisme prévu à Durban en Afrique du Sud du 31 août au 7 septembre.
"C'est vrai qu'on peut dire que l'esclavage et le colonialisme ne se répéteront plus, mais on avait dit la même chose du génocide qui s'est reproduit en Europe, en Afrique", a-t-il ajouté.
Pour AI, le deuxième principe est que "dès qu'il y a des crimes, il y a des victimes et des responsables.
Les victimes ont, jusqu'à la fin de leur vie, le droit à une réparation qui peut inclure une compensation".
"Pour nous, a dit Claudio Cordone, les crimes les plus sérieux, ne sont jamais prescrits.
Au moment où la justice découvrira des responsables ou des suspects, nous voulons qu'ils soient traduits devant les juridictions".
Cependant, quand on traite de crimes qui n'existent plus, comme la traite des esclaves, "cela devient difficile d'identifier des victimes même s'il y a leurs descendants", a-t-il estimé.
Ce qui est important alors, c'est de voir qu'il y a des effets de l'esclavage et du colonialisme qui sont encore à la base des discriminations à l'égard de personnes héritières de cette histoire et qui se traduisent par des violations contemporaines.
"C'est surtout sur cela qu'il faut mettre l'accent, ce qui est une façon de s'attaquer à la question du colonialisme et de l'esclavage en regardant de quelle façon ils se traduisent aujourd'hui", a expliqué le responsable de AI.
Il a cité les exemples de populations dans les Amériques, en Europe, dans les Caraïbes et en Afrique qui souffrent de discrimination dans divers domaines et sont victimes de violations des droits individuels.
Sur l'aspect financier de la réparation, "Amnesty International espère que le débat soit réglé mais nous n'avons pas de position à prendre dans les relations entre Etats", a dit M.
Cordone.
"Si les discussions sur cet aspect particulier des relations entre Etats risquent de faire échouer la conférence de Durban, on préférera que le débat continue ailleurs afin qu'il ne gâche pas l'opportunité de prendre en charge tous les autres aspects du racisme dont ceux modernes de l'esclavage", a-t-il ajouté.
AI vient de publier, en juillet, un rapport dans lequel il illustre comment le racisme est pratiqué dans toutes les parties du monde, à travers le fonctionnement de la police, du système judiciaire et le traitement réservé aux demandes d'asile.
"Le constat est qu'il y a plusieurs formes de discrimination sur la base de la race, de la nationalité.
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un peu partout", a révélé le responsable de l'organisation de défense des droits humains.
Sur cette base, AI demande que là où des discriminations sont prouvées, "les coupables soient traduits en justice".
Par contre, "là où il est plus difficile de faire un lien absolu entre racisme et certaines pratiques, on demande tout de même que les Etats fassent des études pour établir les faits et prendre des mesures", a-t-il encore dit.
Il s'agit, a-t-il fait remarquer, du cas de la peine capitale "qui ne figurait pas dans le document de la conférence de Durban et pour laquelle, nous avons demandé des études dans tous les pays où elle est encore pratiquée comme aux Etats-Unis, afin de voir si elle est influencée par le racisme".
A la suite de ces études, AI demande qu'il y ait une suspension de ces exécutions dans le cadre de son travail pour l'abolition.
"C'est notre contribution à la conférence dont nous attendons qu'elle nous donne des outils pour combattre le racisme", a souligné Claudio Cordone.

23 août 2001 15:44:00




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