"La démission du gouvernement centrafricain ne doit pas ouvrir la voie à l'impunité", selon Amnesty International

Dakar, Sénégal (PANA) - À la suite de la démission du Premier ministre centrafricain et de son gouvernement, Amnesty International a appelé les autorités centrafricaines concernées, notamment la présidente de transition, Catherine Samba-Panza, l'invitant à veiller à ce qu'aucun poste au sein du gouvernement ne soit proposé à des individus soupçonnés d'être impliqués dans des infractions au droit international.

Pour Amnesty International, ces personnes doivent, au contraire, être traduites en justice dans le cadre de procès équitables à l'issue desquels, elles n'encourront pas la peine de mort.

"Les autorités transitionnelles de Centrafrique doivent veiller à ce que les changements dans la composition du gouvernement ne débouchent pas sur une situation dans laquelle, les nouveaux membres du gouvernement se serviraient de leur position pour commettre de nouvelles violations des droits humains ou pour empêcher que des enquêtes efficaces soient menées contre eux-mêmes ou leurs alliés", a déclaré Christian Mukosa, spécialiste de la République centrafricaine au sein d'Amnesty International.

Cette organisation a reçu des informations dignes de foi indiquant que des personnes soupçonnées de graves atteintes aux droits humains tenteraient d'obtenir un poste au sein du nouveau gouvernement.

L'appel de l'organisation intervient quelques heures après que le Premier ministre centrafricain, André Nzapayéké et l'ensemble de ses ministres ont présenté leur démission.

Cette décision a fait suite à l'accord de cessez-le-feu signé le 23 juillet 2014 à Brazzaville, au Congo, par des représentants de groupes armés, y compris des anti-Balaka et de la Séléka, de partis politiques, de cultes et d'organisations de la Société civile.

Dans un rapport, intitulé "République centrafricaine: il est temps de rendre des comptes" et publié le 10 juillet 2014, Amnesty International citait des membres et des alliés des groupes anti-Balaka et de la Séléka soupçonnés d'être impliqués dans de graves atteintes aux droits humains et des violations du droit international humanitaire, notamment les anciens présidents François Bozizé et Michel Djotodia, des coordonnateurs anti-Balaka, comme Levy Yakété et Patrice-Édouard Ngaissona et des commandants de la Séléka, tels que Nourredine Adam.

Ce rapport demandait que soient menées des enquêtes efficaces et que des poursuites judiciaires soient engagées dans tous les cas pour lesquels, il existerait suffisamment de preuves recevables d'implication dans des infractions au droit international.

Le 11 juillet 2014, un congrès de la Séléka a désigné Michel Djotodia, ancien président de République centrafricaine et Nourredine Adam, ancien commandant et ministre, comme les nouveaux président et vice-président du groupe armé, respectivement.

Ces deux hommes sont sous le coup de sanctions de la part des Nations unies et des États-Unis pour leur implication présumée dans des violations des droits humains commises en République centrafricaine.

"Si des individus soupçonnés d'être impliqués dans des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et d'autres graves atteintes aux droits humains sont autorisés à intégrer le gouvernement, ce sera un désastre pour un pays luttant pour mettre fin à l'impunité qui a alimenté une terrible violence pendant des mois", selon Christian Mukosa.

"Au lieu de faciliter l'impunité, le gouvernement de transition doit veiller à ce que les membres des milices anti-Balaka et de la Séléka, leurs alliés respectifs et tous les autres individus et groupes soupçonnés d'être impliqués dans des atteintes aux droits humains et des infractions au droit international humanitaire soient traduits devant les tribunaux afin que le long parcours vers la justice puisse débuter pour les victimes en République centrafricaine", a-t-il estimé.
-0- PANA SSB/JSG/IBA  07août2014

07 août 2014 12:34:37




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