«Le conflit dans la nouvelle zone Ebola de la RD Congo exacerbe la complexité de la riposte» (OMS)

Genève, Suisse (PANA) - La protection des personnes vulnérables dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) contre la dernière épidémie de virus Ebola sera "très, très complexe", compte tenu des énormes défis logistiques et des conflits en cours dans le pays, a déclaré l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

"Nous savons par exemple qu'il y a eu une vingtaine de morts", a déclaré à la presse à Genève Dr Peter Salama, directeur général-adjoint de la préparation et de l'intervention d'urgence. "Nous ne pouvons pas, à ce stade, confirmer s'ils sont tous des cas confirmés ou probables d'Ebola", a-t-il ajouté. "Nous nous attendons cependant à ce que le nombre total de cas augmente dans les jours à venir, en fonction de la trajectoire des épidémies à ce stade de leur développement".

S'exprimant un peu plus d'une semaine après que l'Agence des Nations unies a déclaré le dernier épisode d'Ebola terminé, à quelque 2.500 miles à l'ouest de la province de l'Equateur en RDC, Dr Salama a déclaré que l'OMS n'était pas au courant de l'urgence sanitaire du Nord-Kivu.

Un communiqué de l’ONU a déclaré que l’épidémie avait touché des dizaines de personnes à l’ouest du pays en juin et avait fait 33 morts, mais malgré plusieurs cas apparus dans une grande ville sur le fleuve Congo, elle a été complètement contenue après une riposte internationale et nationale massive.

Le haut responsable de l'OMS a déclaré qu'il n'y avait "aucune preuve" suggérant un lien entre les deux foyers, bien qu'il semble "très probable" qu'ils partagent la même souche Zaïre mortelle.

Le bilan de l'épisode actuel du Kivu est susceptible d'augmenter, a indiqué le responsable de l'OMS, ajoutant que l'alerte avait été lancée le 25 juillet après la mort d'une femme et de nombreux membres de sa famille, après avoir présenté des symptômes compatibles avec Ebola.

"Cet événement semble être une femme qui a été admise à l’hôpital autour de Beni et qui, à sa sortie, a récupéré de l'affection initiale", a-t-il déclaré. Cependant, après avoir quitté, "elle a eu une fièvre et d'autres symptômes cliniquement compatibles avec Ebola et plus tard, sept de ses proches ont également contracté la maladie".

Dr Salama a expliqué comment le conflit de longue date dans l'Est de la RDC - impliquant plus de 100 groupes armés dans la région du Kivu et ailleurs - avait créé un niveau supplémentaire de difficultés dans la tentative de contenir la maladie mortelle.

Le communiqué de presse des Nations unies a indiqué que, dans la première semaine de février de cette année seulement, autour de Beni, les attaques ont déplacé plus de 2.200 personnes, en plus des 1.500 personnes déplacées à la fin du mois de janvier. Dans le territoire de Djugu, au sud du Nord-Kivu, les violences interethniques ont conduit près de 30 mille personnes à fuir leurs foyers vers Bunia, la capitale de la province, au début de l'année.

"Cela va être une opération très, très complexe", a-t-il déclaré, notant que le vaste pays abrite la plus grande opération de maintien de la paix des Nations unies, la Mission de stabilisation des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUSCO).

Un million des huit millions d'habitants de la province sont déplacés; et avoir accès à certaines personnes risquant d'entrer en contact avec Ebola va requérir, dans certains cas, une escorte armée, a expliqué le responsable de l'OMS.

Il y a aussi la menace supplémentaire que ceux qui fuient la violence se dirigent également vers l'Ouganda, la Tanzanie et le Burundi, prenant l'infection avec eux, a déclaré Dr Salama, notant que des mesures de surveillance supplémentaires sont mises en place aux points de passage.

"Sur l'échelle de la difficulté, essayer d'éteindre un agent pathogène d'une épidémie mortelle dans une zone de guerre" est le plus important, a-t-il ajouté.

Lors de la plus récente épidémie d'Ebola, une partie essentielle de l'intervention d'urgence a consisté à rechercher toute personne ayant été en contact avec des porteurs présumés de la maladie. Le personnel de l'OMS peut parcourir des centaines de kilomètres à moto pour effectuer ce travail essentiel, mais cela risque d'être beaucoup plus difficile, compte tenu du niveau élevé d'insécurité dans les Kivus.

La seule priorité immédiate est de confirmer si la dernière épidémie concerne la souche Zaïre, car elle peut être traitée avec le même vaccin que celui utilisé dans la province de l’Equateur.

"C'est une bonne nouvelle et c'est une très mauvaise nouvelle", a déclaré Dr Salama. "La mauvaise nouvelle est que cette souche d’Ebola a le taux de mortalité le plus élevé parmi toutes les souches d’Ebola, au-dessus de 50% et plus, selon les épidémies précédentes. Donc, c'est la variante la plus mortelle des souches du virus Ebola que nous avons, c'est la mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle est que nous avons - bien qu’il s’agisse toujours d’un produit expérimental - un vaccin sûr et efficace, que nous avons pu déployer la dernière fois".
-0- PANA MA/MTA/BEH/IBA 05août2018

05 août 2018 12:26:23




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